Le trafic de navires de matières premières dans le détroit d'Ormuz est tombé à son plus bas niveau depuis plus de deux mois, après que les attaques contre les tankers ont atteint leur fréquence hebdomadaire la plus élevée depuis le début de la guerre avec l'Iran le 28 février. Kpler a compté sept navires franchissant le détroit mardi 6 octobre, le total quotidien le plus faible depuis le 23 juillet, avant un rebond à dix mercredi.
Ce que montrent les données maritimes
Kpler estime qu'au moins 10,1 millions de barils de brut ont traversé Ormuz chaque jour, soit 27 % de moins que le sommet de la semaine précédente. Ce volume représente environ 74 % du rythme d'avant-guerre et se rapproche de la moyenne de septembre. LSEG a compté séparément huit navires mardi, dont cinq pétroliers et un méthanier. L'écart vient des méthodes de suivi ; les deux mesures peuvent exclure ou manquer les navires naviguant sans signal AIS.
Ces chiffres ne doivent pas être comparés directement aux 20,9 millions de barils par jour de liquides pétroliers que l'Energy Information Administration américaine estimait en transit au premier semestre 2025. La donnée actuelle de Kpler porte sur le brut, tandis que celle de l'EIA comprend brut, condensats et produits pétroliers.
Pourquoi la baisse à Ormuz ne provoque pas une perte équivalente d'offre
Le principal amortisseur se trouve hors du détroit. Selon Kpler, les exportations depuis la côte du golfe d'Oman et la mer Rouge ont atteint 6,7 millions de barils par jour, soit plus du double de leur rythme d'avant-guerre. Elles ont maintenu les exportations totales de brut du Moyen-Orient près de leur niveau antérieur malgré le recul à Ormuz.
L'oléoduc Est-Ouest saoudien et l'Abu Dhabi Crude Oil Pipeline émirati offrent une capacité de contournement partielle. Les transferts de navire à navire et les chargements hors du golfe Persique peuvent aussi rediriger les cargaisons. Ces solutions ne remplacent pas tout le trafic normal et sont souvent plus coûteuses, mais elles expliquent pourquoi une baisse hebdomadaire de 27 % dans le détroit n'implique pas automatiquement une chute de 27 % des exportations régionales.
Implications de marché
Scénario haussier pour le pétrole : la répétition des attaques augmente les primes d'assurance de guerre, les coûts de fret, l'incertitude sur les délais et le risque d'une perturbation plus grave. Une perte physique d'exportations tendrait l'offre immédiate et pourrait accentuer la backwardation et la demande d'options d'achat.
Facteurs baissiers ou modérateurs : les routes alternatives compensent actuellement une grande partie du manque à Ormuz. Les stocks, les réserves stratégiques et une demande plus faible peuvent absorber des retards temporaires. En cas d'amélioration sécuritaire, la prime de risque peut se résorber rapidement avant même la normalisation complète du trafic.
L'effet varie selon les entreprises. Les producteurs capables de charger hors du Golfe peuvent bénéficier de prix réalisés plus élevés et d'une meilleure flexibilité logistique. Les raffineurs et importateurs dépendant des qualités du Golfe font face à davantage d'incertitude sur le fret et les approvisionnements. Les armateurs peuvent obtenir des tarifs supérieurs, mais avec des coûts accrus d'assurance, de sécurité des équipages et de risque sur les actifs.
Risques et incertitudes
- Les coupures AIS rendent les comptages quotidiens incomplets et révisables.
- Les transferts de navire à navire déplacent le lieu et la date de mesure des exportations.
- La gravité des attaques compte davantage que leur nombre si un navire ou un port est immobilisé durablement.
- Les oléoducs et les routes de la mer Rouge ont leurs propres contraintes opérationnelles et sécuritaires.
- Les prix dépendent aussi de la demande mondiale, de la politique de l'OPEP+ et des stocks.
À surveiller
Il faut suivre la moyenne sur sept jours des transits à Ormuz plutôt qu'une seule journée, ainsi que les chargements du golfe d'Oman et de la mer Rouge, les primes d'assurance, les taux de fret et la courbe à terme du Brent. Le signal décisif serait une baisse durable des exportations totales du Moyen-Orient, et non un simple détournement du détroit.
Sources
Reuters, 8 octobre 2026; EIA américaine, points de passage du pétrole mondial, mise à jour du 3 mars 2026.