Les exportations de brut du Moyen-Orient ont repris en septembre, mais le détroit d’Ormuz reste loin de la normale. Reuters chiffre les exportations des principaux producteurs régionaux à 12,8 millions de barils par jour (Mb/j), le plus haut niveau depuis le début du conflit en février. Ce chiffre ne correspond toutefois pas au volume passant par Ormuz : les flux dans le détroit devaient atteindre environ 7,4 Mb/j, contre près de 20 Mb/j avant le conflit. La prime de risque du pétrole reflète donc l’ampleur du déficit restant et la sécurité de chaque trajet, pas l’ignorance de l’amélioration récente.
Corriger la lecture des flux
Les 12,8 Mb/j couvrent les exportations de plusieurs producteurs du Moyen-Orient, y compris des barils évacués par d’autres routes. L’estimation de Kpler à 7,4 Mb/j constitue le chiffre pertinent pour le détroit. D’autres données de suivi maritime ne comptaient que cinq navires de matières premières samedi et aucun dimanche, contre 31 le week-end précédent, après des attaques contre des pétroliers.
L’Energy Information Administration américaine estime que 20,9 Mb/j de pétrole transitaient par Ormuz au premier semestre 2025, soit environ un cinquième de la consommation mondiale de liquides pétroliers et un quart du commerce maritime. Les pipelines existants d’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis ne peuvent contourner le détroit qu’à hauteur d’environ 4,7 Mb/j, auxquels s’ajoutent près de 0,3 Mb/j de capacité effective iranienne. Cette faible redondance explique la forte sensibilité des prix.
Les prix doivent être comparés à contrat identique
Reuters indiquait lundi en fin de matinée à New York un Brent à 106,60 dollars le baril et un WTI à 94,11 dollars. AP rapportait ensuite une clôture à 97,83 dollars pour le contrat Brent le plus traité, après un passage au-dessus de 101 dollars. Des échéances et horaires différents peuvent produire des titres très divergents. Il faut donc comparer la même maturité et le même instant avant d’interpréter la courbe du Brent.
Gagnants et perdants
Des prix internationaux élevés soutiennent les revenus et les flux de trésorerie des producteurs à bas coûts, mais l’avantage dépend des volumes effectivement exportés et de la disponibilité des navires. Pour les raffineurs, la situation est plus complexe : le coût du brut, les marges sur produits, le fret et le besoin en fonds de roulement peuvent évoluer dans des directions différentes.
Le débat à Washington sur d’éventuelles restrictions aux exportations de diesel a élargi la prime du Brent sur le WTI. Si le diesel américain reste bloqué sur le marché domestique, les raffineurs pourraient réduire leurs cadences, laissant davantage de brut aux États-Unis et pesant sur le WTI par rapport au Brent. L’Europe et l’Amérique latine, destinations importantes du diesel américain, subiraient une offre de produits plus tendue.
Les compagnies aériennes, le transport maritime, la chimie et les industries énergivores font face à une pression sur les marges si elles ne peuvent répercuter les coûts. Au niveau macroéconomique, un pétrole durablement cher ralentirait la désinflation et pourrait maintenir les banques centrales plus restrictives, renforçant la pression obligataire sur les actions.
Scénarios haussier et baissier
Le scénario haussier repose sur l’insécurité persistante, les primes d’assurance de guerre, l’enlisement des discussions américano-iraniennes et l’insuffisance des capacités de contournement. Le scénario baissier suppose un accord diplomatique durable, le retour du trafic, la baisse du fret et la libération des cargaisons retardées. La hausse des exportations hors Ormuz amortit le choc, mais l’infrastructure actuelle ne remplace pas le détroit.
Points à surveiller
- Les volumes physiques et le nombre de navires à Ormuz, pas seulement les exportations régionales.
- Les assurances de guerre, le fret pétrolier et les programmes de chargement.
- Les négociations entre Washington et Téhéran et la sécurité réellement constatée.
- Le spread entre Brent proche et différé ainsi que l’écart Brent-WTI.
- La politique américaine sur le diesel, l’utilisation des raffineries et les stocks de l’EIA.
Sources
Reuters : prix du pétrole et flux de septembre · Reuters : trafic maritime du week-end · EIA américaine : points de passage pétroliers