L’écart entre le rendement de l’OAT française à dix ans et celui du Bund allemand a dépassé 100 points de base, un seuil inédit depuis 2012. Le 18 septembre, le spread avoisinait 104 points de base et le rendement français environ 4,57 %. Le signal n’est pas celui d’une crise de financement imminente, mais d’une prime de risque durablement plus élevée sur la dette française.
Pourquoi le spread OAT–Bund s’est élargi
Le déficit public devrait atteindre 5,4 % du PIB en 2026, alors que le gouvernement vise 5 % en 2027 au moyen d’environ 54 milliards d’euros d’économies. Cette trajectoire se heurte à une croissance faible, à une charge d’intérêts en hausse et à un environnement politique fragmenté. Depuis les élections anticipées de 2024, le spread a environ doublé ; il s’est encore élargi d’environ 40 points de base depuis juin.
La charge de la dette pourrait augmenter de 4,5 milliards d’euros cette année, puis de 10 milliards l’an prochain. Plus les taux restent élevés, plus le refinancement d’anciennes obligations à faible coupon renchérit le service de la dette, réduisant la marge pour les dépenses et les baisses d’impôts.
| Indicateur | Valeur récente | Lecture |
|---|---|---|
| Spread OAT–Bund à 10 ans | Environ 104 pb | Plus haut depuis 2012 |
| Rendement OAT à 10 ans | Environ 4,57 % | Coût de refinancement élevé |
| Déficit public 2026 | 5,4 % du PIB | Au-dessus de la cible 2027 de 5 % |
| Économies annoncées | Environ 54 Md€ | Exécution politiquement difficile |
Pourquoi 100 points de base comptent
Le Bund sert de référence sans risque de la zone euro. Un spread supérieur à 100 points de base signifie que les investisseurs exigent plus de rémunération pour détenir la dette française. La France paie désormais une prime supérieure à celle de l’Italie sur certaines maturités, renversement symbolique qui reflète moins un risque de défaut absolu qu’une détérioration relative des fondamentaux et de la visibilité budgétaire.
Ce seuil peut aussi influencer les émissions futures : une adjudication faible, des révisions négatives des agences ou l’échec d’un budget crédible pourraient pousser le spread vers le scénario de 120 points de base évoqué par Société Générale. À l’inverse, des mesures exécutables et une stabilisation du ratio dette/PIB pourraient ramener une partie de la prime.
Conséquences pour les investisseurs
- Obligations : la volatilité restera élevée autour des budgets, notations et adjudications. Le rendement supplémentaire ne compense le risque que si la trajectoire budgétaire se stabilise.
- Banques : un spread plus large peut peser sur la valeur des portefeuilles obligataires et renchérir le financement, même si la hausse des taux soutient parfois les marges d’intérêt.
- Actions : les secteurs domestiques et réglementés sont plus sensibles aux coupes budgétaires et au coût du capital ; les exportateurs mondiaux le sont moins.
- Euro : une divergence persistante au sein de la zone euro peut affaiblir la confiance, surtout si elle s’accompagne d’incertitude politique.
Les signaux à suivre
Les investisseurs doivent surveiller le détail et l’exécution des 54 milliards d’euros d’économies, la trajectoire du déficit, les décisions des agences de notation, la demande lors des adjudications de l’AFT et l’écart avec l’Italie autant qu’avec l’Allemagne. Le chiffre clé reste la capacité du gouvernement à transformer des annonces en mesures durables.
Sources : Reuters, 21 septembre 2026 ; FRED, rendements souverains français et allemands.