Les investisseurs japonais ont commencé à rapatrier une partie de leurs capitaux, mais le mouvement de grande ampleur n'a pas encore débuté. La hausse des rendements domestiques rend les obligations d'État japonaises plus compétitives face aux titres étrangers couverts contre le risque de change. Le principal obstacle est le calendrier : assureurs et fonds de pension hésitent à acheter de la duration tant que les prix des JGB baissent et que le pic des rendements reste incertain.
La Banque du Japon a relevé son taux directeur de 25 points de base à 1,25 % le 18 septembre. Le 24 septembre, le taux du JGB à 10 ans a atteint 3,075 %, son plus haut niveau depuis août 1996, tandis que le cinq ans montait à un record de 2,375 %. Cette baisse des cours améliore le rendement futur pour les nouveaux acheteurs, mais expose ceux qui entrent trop tôt à des pertes de valorisation.
Un mouvement réel, mais encore initial
Les investisseurs japonais ont acheté 4 800 milliards de yens de dette souveraine en août, leur plus important achat net en trois mois, selon l'analyse par Barclays de données sectorielles citée par Reuters. HSBC estime que les banques japonaises ont vendu environ 70 milliards de dollars d'obligations étrangères cette année, après en avoir acheté près de 35 milliards l'an dernier. Ces chiffres montrent une inflexion, pas un retour massif des actifs détenus à l'étranger.
Les assureurs-vie constituent le principal réservoir de capitaux lents. Ils détiennent environ 438 600 milliards de yens d'actifs, mais les données agrégées ne montrent pas encore de réallocation décisive. Avec un yen proche de 159 pour un dollar le 25 septembre et des rendements étrangers également en hausse, l'avantage relatif du Japon progresse moins vite que ne le suggère la seule remontée des JGB.
Pourquoi les investisseurs mondiaux doivent s'y intéresser
Le Japon détient l'un des plus grands stocks d'actifs étrangers au monde. Une réallocation durable vers les JGB pourrait réduire la demande pour les Treasuries américains, les dettes souveraines européennes et les obligations australiennes. Elle pourrait aussi soutenir le yen, durcir les conditions financières mondiales et fragiliser les stratégies de portage financées en monnaie japonaise.
Le premier effet serait une hausse des primes de terme sur les marchés bénéficiant jusqu'ici de la demande japonaise. Le second toucherait les actions : yen plus fort et taux d'actualisation mondiaux plus élevés pèseraient sur les valeurs chères et de longue duration, tandis que les institutions financières japonaises profiteraient de rendements de réinvestissement supérieurs.
Scénarios opposés
Favorable au yen et à la demande de JGB : confirmation d'un pic des rendements, hausse officielle des allocations domestiques des grands fonds et réduction de l'écart de taux entre les États-Unis et le Japon accéléreraient le rapatriement.
Défavorable au scénario : nouvelle baisse mondiale des obligations, incertitude prolongée sur la BoJ ou avantage accru des rendements étrangers maintiendraient l'épargne japonaise hors du pays. Une chute désordonnée des JGB pourrait retarder les achats même à des rendements plus attractifs.
À surveiller
- Flux hebdomadaires et mensuels des banques, assureurs et fonds de pension japonais.
- Courbe des JGB à 10 ans et très long terme, notamment la stabilisation de la volatilité.
- Indications de la BoJ sur le rythme et le point d'arrivée du resserrement.
- Allocation du GPIF et évolution des ratios de couverture de change.
- Dollar-yen et rendements des Treasuries.
Sources : Banque du Japon, ministère japonais des Finances et analyse Reuters du 25 septembre 2026.