L’euro a reculé jusqu’à 1,1161 dollar le 5 octobre, en baisse de plus de 0,8 % et à son plus bas depuis mai 2025, les investisseurs exigeant une prime nettement supérieure pour détenir la dette française. La devise évoluait ensuite près de 1,1178 dollar après quatre semaines de baisse et une perte d’environ 2,5 % en septembre. La crédibilité budgétaire est devenue un moteur autonome de l’euro, même si la faiblesse de l’emploi américain réduit la probabilité d’une hausse de la Fed en octobre.
Le risque français gagne le marché des changes
L’écart entre les rendements français et allemands à 10 ans a dépassé 150 points de base le 2 octobre, bien au-dessus des quelque 115 points cités dans la version initiale. Cet élargissement reflète l’endettement français, le blocage politique et l’incertitude avant l’élection présidentielle d’avril 2027. Il renchérit le financement de l’État et peut se transmettre aux banques, aux entreprises et à la demande intérieure.
La réaction de l’euro montre que le marché ne considère plus la France comme un sujet obligataire isolé. La monnaie unique bénéficie normalement d’anticipations de politique monétaire plus restrictive, mais cet appui peut être dominé par une hausse du risque de fragmentation budgétaire.
Des taux directeurs à corriger
Le taux de dépôt de la BCE est de 2,50 %, le taux de refinancement de 2,65 % et le taux de prêt marginal de 2,90 % depuis le 16 septembre. La référence antérieure à un taux de 3,75 % était obsolète et surestimait sensiblement le niveau actuel.
Aux États-Unis, les investisseurs estimaient à environ 78 % la probabilité d’un statu quo de la Fed en octobre, contre 36 % une semaine auparavant. Le dollar s’est pourtant renforcé, car les rendements du Treasury sont restés élevés et la demande d’actifs liquides a dominé l’assouplissement des anticipations monétaires. EUR/USD ne peut donc pas être lu à travers les seules banques centrales.
Conséquences pour les portefeuilles
Banques françaises et valeurs domestiques : des spreads souverains plus larges peuvent accroître le coût du financement, réduire la valeur des obligations et affaiblir la demande de crédit. L’effet dépend des couvertures, de la duration et de la stabilité des dépôts.
Exportateurs : un euro faible améliore la conversion des revenus étrangers, mais le bénéfice peut être absorbé par l’énergie importée et la faiblesse de la demande européenne. Les entreprises dont les coûts sont en dollars en profitent moins.
Obligations de la zone euro : la contagion n’est pas automatique. Il faut distinguer une prime propre à la France d’une revalorisation généralisée de l’Italie, de l’Espagne et des autres émetteurs. La corrélation entre les spreads sera un indicateur de stress central.
Scénarios pour l’euro
Le scénario haussier suppose des mesures budgétaires françaises crédibles, davantage de visibilité politique et une compression du spread OAT-Bund. Un ralentissement américain ou une baisse des taux du Treasury renforcerait le rebond. Le scénario baissier repose sur un nouvel élargissement français, une contagion européenne et une demande persistante de dollars et de francs suisses.
Les indicateurs à suivre
- le spread français à 10 ans face à l’Allemagne et sa transmission à l’Italie et l’Espagne ;
- les propositions budgétaires, les notations et les sondages français ;
- les messages de la BCE sur la fragmentation et ses outils de protection ;
- l’emploi américain, les rendements du Treasury et les anticipations sur la Fed ;
- les CDS bancaires et les spreads de financement ;
- la capacité d’EUR/USD à tenir la zone de 1,11 dollar.
Sources : Reuters, 5 octobre 2026 ; Banque centrale européenne. Les niveaux de marché et probabilités monétaires sont horodatés et peuvent avoir évolué.