Martin Kocher, membre du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne, a réaffirmé que les taux seraient décidés réunion par réunion, à mesure que l’institution évalue l’impact inflationniste du choc énergétique au Moyen-Orient. Son message confirme la position officielle adoptée après la décision du 10 septembre : la politique est restrictive, mais la BCE ne s’engage pas sur une trajectoire prédéfinie.
À retenir pour les investisseurs : la distribution des scénarios importe davantage que la direction supposée du prochain mouvement. Les taux européens, l’euro et la valorisation des banques resteront sensibles à l’énergie, aux salaires et aux signes de ralentissement du crédit et de la demande.
Le niveau actuel des taux
Le 10 septembre, la BCE a relevé ses trois taux directeurs de 25 points de base. Depuis le 16 septembre, le taux de dépôt est fixé à 2,50 %, le taux des opérations principales de refinancement à 2,65 % et celui de la facilité de prêt marginal à 2,90 %.
Le scénario central de la BCE prévoit une inflation totale de 3,0 % en 2026, 2,5 % en 2027 et 2,1 % en 2028. La croissance atteindrait respectivement 0,9 %, 1,4 % et 1,5 %. Il s’agit d’un scénario d’atterrissage en douceur, pas d’une promesse : les risques sont orientés à la hausse pour l’inflation et à la baisse pour la croissance.
Pourquoi l’approche réunion par réunion compte
L’énergie rouvre le risque extrême sur l’inflation
Un choc énergétique persistant peut relever directement l’inflation puis se transmettre aux salaires, au transport et aux coûts industriels. Un épisode bref plaiderait pour la patience ; une transmission durable renforcerait l’argument en faveur d’une nouvelle hausse.
La courbe des taux restera volatile
Sans guidage prospectif ferme, chaque statistique d’inflation, de salaire ou d’activité peut modifier le taux terminal anticipé. Les maturités courtes sont les plus exposées à la réévaluation de la politique, tandis que les taux longs intègrent aussi croissance, offre obligataire et prime de terme.
Un effet contrasté sur les banques
Des taux plus élevés peuvent soutenir le rendement des actifs et le revenu net d’intérêts. Le bénéfice s’amenuise toutefois si la concurrence sur les dépôts augmente, si la demande de crédit ralentit ou si les pertes sur prêts progressent. La BCE indique que le coût des prêts bancaires aux entreprises est passé à 3,8 % en juin et juillet, contre 3,6 % en mai : la transmission est déjà à l’œuvre.
Scénarios et catalyseurs
| Scénario | Signal probable | Conséquence |
|---|---|---|
| Nouvelle hausse | Énergie et salaires persistent | Taux courts et euro soutenus ; valeurs sensibles aux taux sous pression |
| Pause prolongée | Inflation tenace, activité résistante | Portage attractif et volatilité élevée de la courbe |
| Baisse plus rapide | Forte dégradation de la croissance ou du crédit | Hausse des obligations, mais risque accru sur les bénéfices cycliques |
Les indicateurs clés sont les salaires négociés, l’inflation des services, les volumes de crédit, l’énergie et les anticipations d’inflation. Le scénario positif pour les actifs risqués européens suppose une convergence de l’inflation sans récession des bénéfices. Le risque négatif est la stagflation : des taux élevés tandis que l’énergie comprime le pouvoir d’achat et les marges.