Ce qui s’est passé : Barclays prévoit désormais que la Banque d’Angleterre relèvera son taux directeur de 25 points de base en novembre 2026 puis, si le conflit au Moyen-Orient maintient les prix de l’énergie à un niveau élevé, de 25 points supplémentaires en février 2027. Cette prévision suit le vote de la BoE du 17 septembre : six membres ont choisi de maintenir le taux à 3,75 %, tandis que trois préféraient une hausse immédiate à 4 %.
À retenir pour les investisseurs : le scénario de Barclays n’est pas une indication de la BoE. Il met néanmoins en évidence un vrai risque de revalorisation : le choc énergétique relève l’inflation tandis que la croissance britannique résiste mieux que prévu. Cette combinaison peut pénaliser les gilts courts, soutenir la livre par les écarts de taux et augmenter le coût du capital des actions sensibles aux taux.
Les données officielles derrière le virage restrictif
| Indicateur | Dernière donnée de la BoE | Enjeu |
|---|---|---|
| Taux directeur | 3,75 %, maintenu par 6 voix contre 3 | Une minorité importante voulait déjà 4 % |
| Inflation IPC | 3,1 % en août | 1,1 point au-dessus de l’objectif de 2 % |
| Prévision d’inflation | Environ 3,75 % au T4 2026 ; un peu plus de 4 % au T1 2027 | Réduit la marge de baisse et augmente le risque de hausse |
| Inflation des services | 3,4 % en août | Encore élevée, malgré un recul depuis 4,5 % en mars |
| Salaires privés sous-jacents | Environ 3,5 % | Les effets de second tour sur les salaires seront décisifs |
| PIB | +0,4 % au T2 ; estimation de +0,4 % au T3 | L’activité résiste mieux que prévu en juillet |
L’énergie explique l’essentiel du changement. La BoE indique que le Brent et le gaz britannique dépassaient respectivement de 36 % et 78 % les hypothèses de juillet ; le Brent atteignait 106 dollars le baril et le gaz 207 pence par thermie le 14 septembre. La banque centrale ne peut pas annuler ce choc d’offre : elle doit déterminer s’il se diffuse aux salaires, à l’alimentation et aux prix.
Conséquences par classe d’actifs
Gilts : une hausse en novembre toucherait d’abord le segment court. Un second mouvement en février renforcerait le scénario de taux durablement élevés. La BoE prévoit aussi d’éteindre d’ici 2034 son portefeuille monétaire résiduel de 368 milliards de livres, avec 20 milliards de ventes annuelles en plus des tombées. L’offre de duration augmente, mais le calendrier reste graduel.
Livre sterling : des taux attendus plus élevés peuvent soutenir la GBP face aux devises de banques centrales plus accommodantes. En sens inverse, le choc énergétique réduit le revenu réel des ménages et dégrade les termes de l’échange. La réaction dépendra de la lecture du marché : maîtrise crédible de l’inflation ou resserrement dans un ralentissement.
Actions britanniques : les banques peuvent bénéficier de rendements d’actifs supérieurs, selon la rémunération des dépôts et la qualité du crédit. Les promoteurs, foncières, services aux collectivités et sociétés endettées subissent des taux d’actualisation et de refinancement plus élevés. Les entreprises de consommation risquent une pression sur les volumes et les marges.
Scénarios haussier et baissier
- Restrictif et favorable à la GBP : la croissance résiste et l’inflation énergétique persiste, imposant deux hausses.
- Attentiste et défavorable à la croissance : l’énergie se détend ou la demande ralentit avant novembre. Goldman Sachs souligne ce risque, tandis que Morgan Stanley privilégie une pause prolongée.
Les indicateurs à surveiller
Les variables décisives seront les prix de gros de l’énergie, l’IPC de septembre, l’inflation des services, les accords salariaux, les anticipations d’inflation et la capacité des entreprises à répercuter leurs coûts. Il faut aussi comparer la prévision de Barclays aux contrats SONIA : le risque de marché apparaît lorsque les données forcent la courbe à changer.
Sources : procès-verbal de septembre de la Banque d’Angleterre ; Reuters via Zonebourse.