L’administration Trump envisage de promouvoir les stablecoins libellés en dollars à l’étranger, éventuellement par le biais de coentreprises public-privé, selon une information de Bloomberg fondée sur des sources proches des discussions. Le projet n’est pas finalisé. Son objectif serait d’élargir l’usage du dollar et de soutenir la demande de dette publique américaine à court terme, couramment détenue en réserve par les émetteurs réglementés.
À retenir pour les investisseurs : cette politique pourrait accroître le marché accessible aux émetteurs conformes et aux infrastructures de paiement. Elle ne créerait toutefois pas automatiquement une demande nette de bons du Trésor. Tout dépendra de l’origine des flux, de la réaction des régulateurs étrangers et du remplacement éventuel des dépôts bancaires ou des fonds monétaires.
Un cadre légal existe déjà
Le GENIUS Act, promulgué en juillet 2025, a créé un cadre fédéral pour les stablecoins de paiement. Il impose des réserves d’au moins un pour un, constituées d’actifs liquides autorisés, et interdit aux émetteurs de verser directement un rendement aux détenteurs. Le Trésor et les autres agences mettent encore en œuvre les règles opérationnelles, de lutte contre le blanchiment et de sanctions.
Les jetons en dollars dominent déjà le marché. Un rapport de la Maison-Blanche publié en 2025 estimait qu’ils représentaient plus de 99 % des quelque 258 milliards de dollars de stablecoins alors en circulation. L’enjeu est donc moins de créer un nouveau marché que de déterminer qui pourra émettre, distribuer et réglementer ces dollars numériques à grande échelle.
Pourquoi cela compte pour les marchés
Une demande de bons du Trésor possible, mais incertaine
Le Treasury Borrowing Advisory Committee a estimé que la croissance financée par une nouvelle demande offshore de dollars pourrait soutenir les bons du Trésor et les opérations de pension. Si les utilisateurs déplacent simplement leur argent depuis des fonds monétaires ou des dépôts, l’effet sera surtout une réallocation. Début 2026, les émetteurs détenaient encore moins de 1 % de l’encours des Treasuries.
Concentration des émetteurs et financement bancaire
Les exigences de réserve, de conformité et de distribution favorisent les acteurs dotés d’une grande taille, de relations bancaires solides et d’une infrastructure de remboursement crédible. Cela peut renforcer la résilience tout en concentrant le marché. Les banques pourraient perdre certains dépôts peu coûteux, mais l’effet dépendra de la possibilité d’offrir un rendement et de l’origine géographique de l’activité.
L’adoption transfrontalière ajoute un risque politique
Les stablecoins peuvent accélérer les règlements et faciliter l’accès aux dollars là où les paiements correspondants sont lents ou coûteux. Ils peuvent aussi accélérer la substitution monétaire dans les économies fragiles, amplifier les mouvements de capitaux et provoquer des restrictions locales. Un soutien américain ne garantit donc pas leur acceptation à l’étranger.
Les indicateurs à suivre
- Détails du dispositif : agences participantes, critères d’éligibilité et structure des coentreprises.
- Qualité des réserves : répartition entre liquidités, bons du Trésor et pensions, ainsi que la liquidité en période de stress.
- Qualité de l’adoption : paiements et règlements réels plutôt que soldes liés au levier spéculatif.
- Concurrence : parts de marché, coûts de distribution et dépenses de conformité.
- Réaction internationale : licences, contrôles de capitaux et projets en monnaie locale.
Le scénario haussier est celui d’un écosystème réglementé plus vaste et d’une nouvelle base durable d’acheteurs de dette courte américaine. Le scénario baissier est une simple redistribution de la liquidité existante, accompagnée d’une concentration et de frictions réglementaires accrues. En l’absence de proposition officielle, il s’agit d’un signal politique, pas d’un programme acquis.